PUISSANT MARC

 

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Qui est Gaston Dreyfus ?

Dans les rares documents que je détiens sur Marc Puissant figure une lettre d’un certain Gaston-Dreyfus, apparemment un homme influent, auquel Marc a confié deux poèmes pour une possible édition dans un journal parisien. Marc a consacré un poème à cet homme dont il a fait la connaissance à l’hôpital auxiliaire de Bordeaux où sa fille était infirmière. Qui était-il ? Que faisait-il à Bordeaux ? Autant de questions qui n’ont eu de réponse que tardivement, car il a fallu creuser très profondément dans le sol pour trouver les réponses...

La lettre de Gaston Dreyfus adressée à Marc au début de la guerre

Gaston Dreyfus

Adresse télégraphique :
Gaston-Bourse-Paris

13, rue Lafayette

Paris, le 11 novembre 1914

Monsieur Puissant Marc
Soldat Poëte
Bordeaux.

Mon cher Marc,

Je suis plus que touché de la jolie pièce de vers que vous avez bien voulu m’adresser. Vous dites de ma fille et de moi des choses bien exagérées, mais ce qui me fait le plus grand plaisir c’est de voir que vous êtes, comme tous vos camarades dont j’ai pu apprécier le courage, tous prêts à retourner au front et à bien soutenir le drapeau de la France.

Dites à tous vos amis que nous pensons souvent à eux et aussi au dévouement de toutes ces dames de la Croix-Rouge. Témoignez leur votre reconnaissance en allant bien vite, comme vous le dites, venger ceux qui ne sont plus.

Je vous prie de faire mes amitiés à mes trois blessés, Carichon, Vandenhoce et Suzini. J’espère qu’ils sont tout à fait bien. S’ils ont besoin d’aller à la clinique du Docteur Beausoleil, je suis sur que, sur la demande de Monsieur Rodel, Monsieur Léon de la Société Dietrich me remplacera avec plaisir et pourrait les y conduire en auto.

Je vous prie de dire à Delpont que j’ai écrit à Monsieur Rodel pour appuyer sa demande d’aller à Dax. J’espère que le pauvre garçon souffre moins de ses douleurs.

Croyez, mon cher Marc à l’assurance de toute ma sympathie.

Gaston Dreyfus.

Je vais essayer de faire publier votre poésie dans un des grands journaux de Paris et je vous l’enverrai.

Les deux poèmes envoyés par Marc à Gaston-Dreyfus après sa visite aux soldats blessés qui sont soignés à l’hôpital de Bordeaux sont :
- La Contentinière
- Mes pensées à Cognac.

Marc a également consacré un poème à Gaston-Dreyfus. Voir ici.

Qui est ce Gaston Dreyfus ?

Dans un premier temps, l’interrogation de Google sur le patronyme « Gaston-Dreyfus », ne donne rien, sinon qu’il n’a rien à voir avec le Dreyfus de la célèbre affaire, qui se prénommait Alfred. Encore une légende familiale qui s’écroulait, car on était persuadé que cette précieuse lettre avait été écrite par l’officier !...

Ensuite, je suis accaparé par d’autres recherches sur Marc. Puis, me vient l’idée de regarder ce qui se passe à l’adresse indiquée sur la lettre : 13, rue Lafayette, dans le 9e arrondissement de Paris :

Cette adresse abrite aujourd’hui plusieurs syndicats de la presse :
- Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale SPQN,
- Syndicat Professionnel de la Presse Magazine et d’Opinion SPPMO,
- Fédération Nationale des Agences de Presse Photos et Informations FNAPPI [1].

Mais j’ignore si ces syndicats étaient déjà installés à cette adresse à l’époque...

Néanmoins, en combinant ces deux clés de recherche - presse et Gaston-Dreyfus - je découvre ce document :

C’est la Une d’un quotidien du sud où apparaît le nom de Gaston-Dreyfus. Je découvre alors qu’il a été cité comme témoin au procès de la célèbre affaire Caillaux. On se souvient de cette ténébreuse affaire : Henriette Caillaux, femme du ministre des finances, pacifiste convaincu, ne supporte plus que son mari soit traîné dans la boue par la presse et assassine Gaston Calmette, le directeur du « Figaro ». Un procès retentissant a lieu ensuite :

En fait, Gaston-Dreyfus n’est visiblement pas très concerné par cette affaire, mais c’est l’occasion pour moi de découvrir son métier : « Président du Syndicat des Banquiers en valeurs ». La piste du syndicat de journal n’était donc pas la bonne, Gaston-Dreyfus est banquier. Mais est-ce bien lui ?

Il existe aussi un Gaston-Dreyfus dans le domaine de l’art, qui a écrit des ouvrages. Alors, prudence.

J’explore la piste de Gaston-Dreyfus banquier et grâce à Google, je découvre ce petit texte en anglais. C’est une annonce nécrologique du New York Times :

Ce document me fournit des informations essentielles sur Gaston-Dreyfus :

Gaston Dreyfus, Paris Banquier.

PARIS. Sept. 14 [1915] - Gaston Dreyfus, responsable du Comité de direction de la Bourse de Paris, est mort ce jour, dans sa soixante-et-unième année.

Il fut l’un des banquiers les plus réputés en Europe et était Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de Takowo [2], Chevalier de Francis-Joseph, et avait reçu la médaille d’argent de la Mutualité. M. Dreyfus était aussi Président d’un certain nombre d’associations caritatives. Il était membre de l’Automobile Club et était très actif dans le mouvement pour l’amélioration des races chevalines en France. Parmi les autres organisations auxquelles il appartenait, citons le Cercle Littéraire le Bois de Boulogne et le Cercle de Deauville.

Voilà un homme très impliqué ! Mais ce qui m’intéresse... c’est sa Légion d’Honneur. Je me rends donc sur le site Internet de la Légion d’Honneur et après quelques recherches, je trouve son dossier entièrement numérisé ! 22 pages !

Immédiatement, je compare les deux signatures, celle de son récépissé de Légion d’Honneur et celle qui figure au bas de la lettre adressée à Marc :

Les deux signatures coïncident ; c’est bien mon homme !

L’acte de naissance est ainsi reproduit :

2e arrt de Paris - 1854

Du mardi vingt un mars mil huit cent cinquante quatre, trois heures un quart de relevée, acte de naissance de Gaston, lequel nous a été présenté et que avons reconnu être de sexe masculin, né hier matin à deux heures chez ses père et mère rue Laffitte, 47, fils de Israel Dreyfus, rentier, âgé de trente deux ans et de Hana Athanaïs Waill, son épouse, sans profession, âgée de trente-cinq ans, mariés à Paris en la mairie du 3e aurontissement le vingt huit novembre mil huit cent quarante quatre. Le présent acte est dressé sur la déclaration du père en présence des sieurs Meyer Waill, rentier, âgé de quarante quatre ans, demeurant à Paris boulevard Poissonnière 24, oncle maternel de l’enfant, et Elie Waill, rentier, âgé de quarante un ans, demeurant à Paris rue du Helder, 12, témoins, qui ont signé avec le père et avec nous, Jean Louis Gautier, chevalier de la légion d’honneur, adjoint au maire du deuxième arrondissement de Paris après lecture faite. Signé Dreyfus, Meyer, Waill, Elie Wail et Gautier.

Quand Gaston Dreyfus naît son père est rentier à 32 ans et sa mère sans profession ! Belle époque !

L’acte de décès confirme bien qu’il est mort le 14 septembre 1915 à l’âge de 61 ans, comme l’indiquait le communiqué du New-York Times.

Le document le plus intéressant est la fiche de renseignements du Ministre de l’Agriculture puisque c’est au titre de ce ministère que la Légion d’Honneur est demandée :

Ministère de l’agriculture

RENSEIGNEMENTS
À produire à l’appui des candidatures à la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Nom : Gaston-Dreyfus
Prénoms : Gaston François (Autorisé à ajouter à son nom patronymique le prénom de Gaston par décret du 14 septembre 1895).
Date et lieu de naissance : 20 mars 1854 à Paris
Domicile : 5 avenue de Montaigne à Paris.
Nationalité : Française.
Situation : Propriétaire éleveur et banquier. Propriétaire fondateur du haras de Perray en Seine et Oise.
Services militaires : 1 année de services militaires comme engagé conditionnel.

Services rendus dans les établissements de bienfaisance, les commissions, etc. : Membre de la commission du Stud Book [3].

Détails sur les services extraordinaires rendus par le candidat :
- a puissamment contribué au développement et à l’amélioration de plusieurs étalons dont l’un a remporté 4 années de suite à Auteuil la prime de l’étalon de la société des Steeple Chases de France ainsi que de nombreuses poulinières d’un sang très précieux.
- a également contribué à l’amélioration de la race bovine par l’importation en France d’un important troupeau de race pure Oxford - Down

Le Ministre de l’Agriculture certifie en outre qu’il résulte de l’enquête de moralité de M. Gaston-Dreyfus permet son admission dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

Ce document m’apporte de précieuses indications.

En premier lieu, je comprends que son nom est en réalité Gaston Dreyfus mais qu’il a demandé à accoler son prénom à son nom, ce qui était sans doute une pratique à l’époque.

En second lieu, je vois qu’il habite avenue Montaigne. L’adresse du 13, rue Lafayette qui figure dans l’en-tête de la lettre à Marc est celle de son bureau parisien.

En troisième lieu, je lui découvre une activité liée au cheval, avec un haras dans les Yvelines.

Grâce à l’aide de Michel Masson, président de l’association « Histoire et Mémoire du Perray en Yvelines », je découvre le haras du Perray, qui s’appelait à l’époque « Ferme de la Mare » :

Un autre document présente l’historique du lieu :

Je découvre ainsi où habitait Gaston-Dreyfus quand il n’était pas à Paris :

Il est à noter que cette belle demeure est toujours la propriété de la famille Gaston-Dreyfus.

Un autre document du dossier de la Légion d’Honneur m’apporte une précision supplémentaire. Il s’agit de la fiche de renseignements cette fois établie par le Ministre de l’Intérieur de l’époque [4] :

MINISTERE DE L’INTERIEUR

Renseignements produits à l’appui du projet de décret tendant à nommer chevalier de la Légion d’honneur un candidat n’ayant pas le temps de service exigé par l’art. 11 du décret du 16 mars 1852.

Nom et prénoms : Gaston-Dreyfus, Gaston.
Date et lieu de naissance : 20 mars 1854, à Paris
Domicile : Paris, 5 avenue Montaigne
Nationalité : Française
Situation : Banquier (13 rue Lafayette) - Mutualiste.

Service rendus dans les établissements de bienfaisance, les Commissions, etc. : Membre honoraire de la soc de secours mutuels des garçons de recette « La Fidélité » depuis sa création (juillet 1877). Président d’honneur depuis le 3 mai 1885.

Détails sur le service extraordinaire rendus par le candidat : C’est grâce au dévouement sans borne de son président d’honneur qui ne cesse de lui prodiguer ses bienfaits, non seulement par de larges libéralités mais encore en s’occupant activement du recrutement des membres honoraires et du placement des sociétaires que la « Fidélité » est l’une des associations mutualistes les mieux administrées et les plus prospères de Paris.

Paris, le 10 janvier 1905
Le Ministre de l’Intérieur
E. Combes

Le Ministre de l’Intérieur certifie en outre qu’il résulte de l’enquête que la moralité de M. Gaston-Dreyfus permet son admission dans la Légion d’Honneur.

Depuis le 3 mai 1885, Gaston-Dreyfus, parmi bien d’autres activités, dont le très couru à l’époque Cercle littéraire Le Bois de Boulogne, était président d’honneur de la « Fidélité », une société de secours mutuels des garçons de recette, c’est-à-dire des employés de banque. Peut-être s’est-il rendu à Bordeaux pour visiter les soldats blessés qui étaient membres de cette société. C’est ainsi que Marc a fait sa connaissance et sans aucun doute, il aurait été un précieux appui pour sa carrière littéraire. Malheureusement, Marc est mort en février 1916, sans savoir sans doute que Gaston-Dreyfus était mort lui-même quelques mois auparavant, en septembre 1915 [5].

(La demande d’autorisation de publication des documents extraits du dossier de la Légion d’Honneur est en cours auprès du service des Archives Nationales)

Depuis la parution de cette page, des personnes m’ont écrit et m’ont ainsi apporté d’intéressantes précisions :

Voir aussi les messages laissés dans le forum plus bas et ce message :

Message du 28 mai 2019

« Bonjour, votre recherche est passionnante à plus d’un titre. Cette enquête, un peu à la Modiano...
je suis une arrière petite-fille de Gaston Gaston-Dreyfus, par son fils René, mon grand-père maternel. Gaston et Ferdinand ont chacun fait joindre leur prénom à leur patronyme tout en conservant également leur prénom, pour se différencier du fait de leurs dissensions, à propos de l’Affaire. Gaston Gaston-Dreyfus a été mêlé de très près à l’Affaire, apportant un élément décisif menant à la révision du procès. La fille mentionnée est Geneviève, ma grande-tante, qui visitait les blessés pendant la guerre de 14-18. Le critique d’art que vous mentionnez est Philippe, mort aux États-Unis, frère de René.
Cordialement. »

Dernier rebondissement

Une descendante de Gaston-Dreyfus, Sarah, est tombée par hasard sur une litho de son aïeul chez un antiquaire de Dordogne i

Lire ici le récit de ce hasard incroyable : Une descendante de Gaston-Dreyfus découvre par hasard une litho de son aïeul chez un antiquaire !

Notes

[1] http://www.ccijp.net/article-22-org...

[2] Confrérie Serbe.

[3] Dans le domaine de l’élevage des animaux, un registre d’élevage - aussi connu sous le nom anglophone de studbook - est une liste officielle d’animaux appartenant à une certaine espèce, sous-espèce ou lignée, et dont les parents sont connus. http://fr.wikipedia.org/wiki/Stud-book

[4] Emile Combe,qui sera ministre de l’intérieur du 7 juin 1902 au 24 janvier 1905. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_...

[5] J’ignore pour l’instant la cause de sa mort mais contact a été pris avec ses descendants.


FORUM

4 messages

  • Qui est Gaston Dreyfus ? 16 mars 2015 09:01, par Gilles Gaston-Dreyfus

    Bonjour , je m’appelle Gilles Gaston-Dreyfus et suis donc l’arrière petit-fils de Gaston. J’ai evidement été très touché de l’intérêt et de la manière avec laquelle vous vous êtes intéressé à Gaston. Vous m’avez appris pas mal de choses...Marc Puissant. Le fil que vous tirez , sortant votre parent de l’ombre est formidable. Et puis je ne savais pas que le changement de nom datait de 1895, reliant donc directement la démarche au procès Dreyfus( fin 1894) et d’autres choses encore que j’ignorais... A titre d’infos mais c’est un détail puisque ce n’est pas le but de votre recherche, aujourd’hui la ferme de La Mare est dirigée par ma sœur Anne Winocour. Philippe Couthier gère le centre équestre dont il est locataire. J’ai fais suivre votre page à la famille qui a été evidemment très très intéressé Très cordialement Gilles Gaston-Dreyfus

  • Qui est Gaston Dreyfus ? 17 mai 2015 10:32, par Fribourg

    bonjour

    très bon dossier

    vous pouvez rajouter que Gaston Dreyfus était le frère de Ferdinand né le 5/5/1849 à Paris qui fut député de l’arrondissement de Rambouillet et sénateur de 1909 à 1915

  • Qui est Gaston Dreyfus ? 21 janvier 2018 21:17

    Gaston Gaston-Dreyfus est le beau-frère de l’artiste peintre, grand prix de Rome, Benjamin Ulmann, ils sont inhumés dans la même tombe, avec le Sénateur Ferdinand Dreyfus dans la 3e division du cimetière Montmartre. La tombe est une sorte de chapelle ouverte, devant il y a une immense plante qui cache la paroi avec les noms.

  • Qui est Gaston Dreyfus ? 11 octobre 2020 13:12, par Christophe

    Bonjour, Une précision sur votre intéressante recherche. Ce n’est pas anodin si en 1895 il obtient le droit d’accoler son prénom à son patronyme. Comme beaucoup de gens qui s’appelaient ainsi à l’époque, il a fait cette démarche pour ne pas qu’on le confonde avec le « traître » Alfred...



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